Pourquoi ce stéréotype persiste-t-il ?
Héritage culturel et histoire sociale de l’alcool
La perception de l’alcool est façonnée par des siècles d’histoire. En France, le vin est lié à l’identité nationale, figure du patrimoine et de l’« art de vivre ». À la différence des drogues considérées comme « exotiques » ou « marginales », l’alcool — même s’il s’agit de vodka ou de whisky — possède une légitimité ancienne qui légitime sa consommation, parfois dès l’adolescence.
Des campagnes publicitaires ou des films entretiennent encore aujourd’hui une image positive de la consommation d’alcool, quand les représentations liées aux autres drogues oscillent entre stigmatisation et criminalisation.
Ambiguïtés institutionnelles et pouvoirs économiques
La loi française interdit formellement de « présenter l’alcool de manière positive », mais la Loi Évin de 1991 souffre de certaines failles : le lobbying du secteur viticole demeure très efficace. En 2016, au moment où l’Organisation mondiale de la santé recommandait un renforcement de la prévention, la France assouplissait la réglementation sur l'évocation du vin dans la presse.
Les spots de prévention destinés aux jeunes restent souvent ambivalents : « L’alcool, à consommer avec modération » véhicule l’idée que le danger ne pèse que sur ceux qui ne sauraient pas se contrôler. Cet argument n’apparait dans aucun message concernant d’autres drogues.
Mythes et croyances populaires autour de la notion de « drogue dure » et « drogue douce »
Apposer l'étiquette de « drogue dure » sur la cocaïne ou l’héroïne et de « drogue douce » sur l’alcool ou le cannabis entretient la confusion : les dégâts potentiels ne se limitent ni à la violence des effets immédiats ni au mode d’administration de la substance.
Des études montrent que les consommateurs sous-estiment systématiquement les dégâts de l’alcool, notamment chez les populations jeunes ou diplômées : selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), plus de 60% des 18-25 ans « ne pensent pas » que l’alcool est une drogue, alors qu’ils n’ont quasiment aucune hésitation concernant la cocaïne ou l’héroïne.